"Sexe, amour et crime, psychanalyse et criminologie" par Franz Kaltenbeck, psychanalyste

Publié le par Marge

Tout crime n’est pas sexuel. Et pourtant, même de simples délits s’avèrent souvent relever d’une étiologie sexuelle. Un psychanalyste qui travaille en prison peut témoigner des effets dévastateurs des violences parentales sur les enfants devenus braqueurs ou assassins. L’amour, ses prétentions et ses malentendus ne doivent pas non plus être oubliés quand on cherche les causes des actes transgressifs.

Les élèves de Freud, dès la première génération, ont contribué à la criminologie. La raison en est limpide. Freud n’a-t-il pas fondé la loi elle-même sur la repentance d’un crime mythique, celui du meurtre du père ? Lacan, qui n’a pourtant jamais caché son scepticisme face à cette construction, s’inscrivit dans la tradition criminologique du freudisme après avoir publié sa thèse sur le crime passionnel d’Aimée, une de ses premières malades paranoïaques.

Sa relecture, en 1963, du cas d’une patiente de Margaret Little, entrée en analyse parce qu’elle avait commis des actes de kleptomanie, témoigne de son ancrage freudien et de son intérêt pour les pathologies qui s’accompagnent d’actes délictueux. Ayant mis en valeur les interventions courageuses de M. Little et leur fonction de coupure, il cerne ce qui a déterminé les vols de la patiente : celle-ci n’était pour sa mère qu’un instrument de chantage, quant à son père, elle ne pouvait d’aucune façon représenter quelque chose qui ait pu lui manquer.

Les psychanalystes d’enfant qui travaillent avec leurs jeunes patients sur leurs petits larcins ou sur les agressions qu’ils ont commis envers d’autres enfants ont plus d’une fois sauvé leur patient d’une délinquance plus grave.

Or c’est Lacan, le grand clinicien de la psychose, qui s’est montré visionnaire quant à l’impact des psychoses dans les passages à l’acte criminel. Personne ne peut plus nier aujourd’hui que nos maisons d’arrêt sont peuplées de détenus fous, ayant commis des actes gravissimes. Les services médico-psychologiques dans les centres de détention manquent cruellement de personnels compétents – psychiatres, infirmiers, psychanalystes et psychologues, nommément. Situation explosive, à laquelle les autorités de l’État ne songent pas à remédier assez vite. Elles se contentent plutôt de pallier l’insécurité généralisée qui taraude notre société par une justice toute répressive. Celle-ci ne se limite plus aujourd’hui à l’application de la loi, elle cherche aussi à venger la victime. Plus encore, elle veut rassurer la société, en prononçant des peines incommensurables avec toute fonction rationnelle de la sanction. Aussi l’agresseur sexuel est-il souvent condamné à la réclusion maximale et tacitement considéré comme irrécupérable. Il est rejeté et donc isolé comme « pointeur » à l’intérieur même de la société carcérale.

Il faut regarder ce réel en face si l’on ne veut pas que les problèmes que pose le crime soient détournés par des démagogues sans foi ni loi. 

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le marin à terre 10/07/2007 08:29

Saurais tu nous parler de la victime et en quoi elle est souvent prisonnière du délit ou crime qu'elle a subi. Comment parvenir à reconstruire ces couples impossibles délinquant-victime. Pourquoi toujours autant de compassion pour l'agresseur et d'abadon dela vitime comme si ce nom suffisait à tout réparer (comme dans les comte defées) ? En france quece soit la prison ou les blessés de la vie en général, on s'en foue. Et le monde psy est plusattaché à son égo et de sonstatut en général, qu'à la diffusion de son savoir d'où mon respect et ma joie de découvrir ce blog.

Marge 10/07/2007 18:42

Il est vrai que je me suis plus orientée vers le délinquant que le victime, mais ils ne sont en rien dissociables, c'est pourquoi je pense pouvoir malgré tout parler de la victime. Je refuse en revanche de n'y accorder que l'espace d'un "cadre de réponse". Les victimes méritent bien plus que ça... Je publierais donc un article là dessus dès que j'aurais assez de temps pour que celui-ci soit le plus précis possible.Merci pour cette demande et pour cet intérêt! :)